
- Monsieur, lui dis-je , je suis prisonnier de guerre et je viens vous prier de m’inscrire ». – Donnez-moi votre passeport de prisonnier . – Le voilà. Il ouvre le papier , les deux guinées tombent , il les ramasse et me dit, it is good (il est bon ). Eh bien ! monsieur je ne suis pas prisonnier , prenez mon nom pour l’appel à l’embarquement , mais ne m’inscrivez pas je vous prie ; that is the best way , c’est le meilleur moyen ; La chose se fait, et nous nous rendons au vaisseau , Irwin et moi. Le capitaine lui donne sa cabine , car les capitaines ont besoin des commis. On nous appelle , chacun répond , et nous partons ; en mer , les 150 prisonniers deviennent 150 diables. Voici pourquoi..
Il y avait quinze jours que le vent était bon, mais comme le gouvernement donnait un schelling et demi par jour, pour chaque prisonnier ; et que l’on ne leur avait pas remis ce faible soulagement , le plus grand nombre se trouvai sans argent , sans ressources et loin de sa patrie .
L’un voulait noyer le capitaine , l’autre jetait à l’eau tous les matelots et Anglais ; Irwin couché faisait le dormeur.
Voici comment je calmai cette effervescence.
« Messieurs, je suis prisonnier comme vous ; j’ai donc le droit de parler. Je vous propose l’alternative d’être noyé ou pendu, choisissez ; les côtes de France de ce côté , sont couvertes de bas fonds qu’il faut connaître ; vous auriez dû vous en apercevoir par les sinuosités que nous parcourons.
« Si nous conduisons le vaisseau , nous périrons infailliblement ; si nous abordons , n’importe où , nous serons arrêtés et pendus parce que le droit des nations est un droit sacré ; d’ailleurs, tous vos camarades prisonniers en Angleterre , serons resserrés , molestés, et peut-être décimés par représailles ». L’argument parut sans réplique , au moins personne n’y répondit. Arrivés à Dunkerque le pauvre capitaine reçut autant de