
on cria tollé contre ce luxe extravagant. Les mères de famille filaient le soir , de la laine rousse ou noire ; les servantes du chanvre , et l’on faisait , tous les ans , une pièce d’étoffe qui servait à habiller le père , la mère , et les enfants des deux sexes. Dans les veillées, les jeunes gens dansaient , voltigeaient , jouaient des jeux innocents, tandis que les mères plumaient leur dindon, leur oie, et en entassaient les plumes dans un sac de toile, qui était alors , ce que l’on nomme maintenant un ridicule. Dans les beaux jours de l’été , plusieurs voisins réunissaient leur souper , dans la rue, et appelaient les passants pour trinquer avec eux.
Une année a suffi pour opérer le passage de ce bon temps au luxe le plus recherché ; voici l’époque de cette révolution. Le prince de Condé, mécontent de la ville de Dijon ,ne voulut pas y tenir les Etats de Bourgogne, et comme Autun se trouva la ville la plus convenable, ils s’y tinrent dans l’église des Jésuites.
Les logements furent magnifiquement meublés, les commodités prodiguées, les repas splendides. Quand les Etats finirent , les seigneurs retournèrent à leurs châteaux , mais le luxe resta ; les femmes des riches prirent le plus grand essor ; de proche en proche, elle furent imitées ; les galons , les broderies, les dentelles succédèrent à la simplicité ; on voulut avoir de la vaisselle plate, les revenus ne suffisant pas , on vendit des fonds ; alors , une multitude de citoyens qui vivaient avec aisance , se trouvèrent au-dessous de la médiocrité. Je cite ce fait pour montre qu’un seul événement peut changer le ton d’une grande société. En effet les denrées augmentèrent , les riches prirent un ton de dignité , les nobles , déjà fiers , augmentèrent leurs échasses , et la bonhomie disparut.
Les antiquités d’Autun m’ont beaucoup occupé ; j’ose dire que mes recherches n’ont pas été inutiles aux historiens de la Bourgogne. L’Académie de Dijon me pria de vérifier quelques tombeaux