
est votre ouvrage, C’est celui de la patience, voilà mon portrait, il est bien, je le sais, mais je l’ai retrouvé cent fois ; si j’étais artiste, je palperais la vérité, et je ne la tenaillerais pas pour la fixer. Le fait est, qu’il y a un milieu dans les connaissances et que savoir trop, c’est ne rien savoir.
J’ose croire que si le hasard m’eut placé sur un grand théâtre, ou si j’avais eu une grande fortune, d’habiles gens auraient bridé mon imagination vagabonde et déterminé un talent particulier, il en faut un, et je n’en ai pas un seul, quoique organisé peut-être pour ne pas être resté dans la classe ordinaire. On va dire que j’ai de l’amour propre. Soit ; c’est le bout d’oreille qui passe ; celui qui m’accuse, en a peut-être dix fois plus que moi, sans jamais avoir rien produit.
J’étais, à Autun, major d’une compagnie d’arquebusiers bien composée ; on ne pouvait y être admis sans exercer un état honnête et libre. Celui qui abattait l’oiseau, jouissait pendant l’année des privilèges de la noblesse ; celui qui l’avait abattu trois années de suite, avais ces mêmes privilèges toute sa vie et sa veuve après lui, on le nommait empereur, et il en existait trois.
Presque toutes les villes de la Bourgogne avaient de pareils établissements et c’était une cérémonie auguste, qu’un prix général renda par les villes à tour de rôle. Depuis longtemps celle de Beaunne était désignée, enfin elle s’en occupa et fit une très bonne spéculation. Voici une idée de ce qui s’y passa. Après les convocations requises et le jour donné pour le rendez-vous, messieurs les Beaunois placèrent de vastes tentes par les chemins ; ces tentes étaient remplies de viandes froides, de fruits et de rafraîchissements rassemblés avec profusion. Chaque compagnie faisait une halte, et l’hospitalité y étaient exercée avec autant de grâces que d’attention et de bonhomie.
Deux guides conduisaient les arrivants dans le