en lui portant les deux tableaux, non seulement sans taches , mais parfaitement nettoyés.

Une circonstance assez singulière me rendit l’ami de cette estimable maison , monsieur de Vergennes avait emmené sa belle-mère , qui ne parlait pas un mot de français, c’était une femme grosse et courte, dont la gorge couverte seulement , par un filet, avait le mouvement d’un encensoir, lorsqu’elle se pliait pour saluer. Probablement ce costume est celui des vieilles à Constantinople. Elle parla à une esclave qui la suivait , une espèce de baragouin, qui avait beaucoup de rapport avec l’italien ; je l’entendis très bien. Madame de Vergennes me dit que sa mère savait un peu l’anglais. Je lui adressai la parole dans cette langue . La vieille dame turque, faisant presque un saut de carpe, dit : « Comment ! il y a quelqu’un dans ce pays , avec qui je puis causer ! Nous causâmes effectivement ; mais les idées des femmes turques n’ont pas un cercle bien étendu. Monsieur de Vergennes me pria d’aller voir sa belle-mère , le plus souvent que je pourrais , et j’y fus le lendemain. Je la trouvai dans l’échancrure d’une table entourée de couvertures, et du feu par dessous, sans livre, sans ouvrage quelconque, absolument dans un état de végétation. Mais j’ai appris que le repos est la jouissance la plus délicieuse des femmes turques.

Madame de Vergennes avait bien conservé son costume qui est très noble, mais le repos absolu n’était pas sa divinité.

Elle était ordinairement assise sur un sofa à la manière des tailleurs ; lorsqu’on allait la voir, ;elle se redressait avec une adresse incroyable , et restait debout jusqu’à ce que l’on aut assis.

Le gardien des Capucins et moi, étions les deux seules personnes pour qui il n’y avait point d’étiquette, nos deux couverts étaient toujours mis, et nous allions nous placer à table quand cela nous faisait plaisir ; on nous recevait bien , et on ne nous

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